Partager l'article ! Une odeur de citron (ou... Lettre de Madrid): C’est un voyage qui commencerait comme dans un roman de Camus,…tu débarques dans une aéro ...
C’est un voyage qui commencerait comme dans un roman de Camus,…tu débarques dans une aérogare que tu reconnais, mais le mouvement de la foule, le poids de tes bagages, tout cela te paraît tellement surréaliste et pourtant si vrai…
Les gens affluent de toute part, ils se bousculent, ils s’évitent, mais ils vont…c’est certain.
Tu prends une pause…tu regardes autour de toi. La lumière blanche qui traverse les vitres moites te rappelle qu’il est déjà tard dans l’après midi, que tu as rendez-vous dans un appartement de la banlieue madrilène, avec celui qui sera ces prochains mois, ton proprio…
Mais plus que le proprio, il est celui qui signera l’acte de naissance du nouveau citadin espagnol que tu devenais dès lors que tu entendais deux heures plutôt « Welcome aboard… »
C’est ainsi, mon doux et secret amour, qu’a commencé l’aventure d’une vie…La Chulissima Madrid est une ville, est un souvenir, est une photo que l’on partage, est un roman que l’on lit le matin dans le métro, que l’on lit le soir avant de s’endormir dans les bras de l’être que l’on aime, est une rencontre…Comme le souvenir de notre rencontre, MADRID me fait rire, MADRID chante pour moi, MADRID danse avec moi, blotti en mon sein à des heures tardives de la nuit…MADRID, je l’aime, tu l’entends bien.
C’est une ville congestionnée et grouillante de monde…tu voudrais t’attarder à la table de cette famille, de ce couple, tu voudrais interrompre la lecture de cette femme assise dans le Parc Retiro, tu voudrais interrompre la conversation de ces amis qui déambulent enivrés Calle Fuencarral, tu as soif de savoir….qu’est ce qui vous a amené ici, quelle est l’histoire qui vous a conduite comme moi à arpenter les rues de la Ciudad ?
-Comment… ? moi, d’abord…mon histoire ?...Elle s’écrit simplement et délicatement, en lettres celtes, elle se prononce plus rarement qu’un surnom, mais revient à mon oreille comme le son de ma naissance…elle s’écrit d’un K, d’un E, d’un L, d’un T, d’un I, d’un A…
- Comment… ?,… prononcer le nom de mon histoire,
je ne peux pas, mon histoire ne se prononce pas… elle se susurre, comme une respiration lors des après midi d’amour, comme la pluie sur les toits de cette ville…
Ma chère…, MADRID, te racontais-je est une capitale inexacte, une réponse approximative, une odeur de citron, une tâche de vin sur les robes de fêtes, un doigt pointé vers les hauts murs de ces bâtiments qui évoquent le passé et le présent de cette Monarchie catholico-gauchisante qui se suffit à elle-même…La société espagnole de partout où je l’ai côtoyé est accueillante et exaltée. Elle n’a pas de complexe, et assume son passé, sa culture et ses choix avec une assurance ibérique et latine.
De Murcia, dans le Sud de l’Espagne, où j’ai vécu en Communauté 2semaines, à San Sebastian, dans le Nord et d’où je reviens il y a à peine trois jours…tout ce pays m’accueille et me fait vivre.
Tu as eu raison, mon amie, de me pousser, de bousculer en moi mes frileux principes, pour qu’enfin m’apparaissent les jours heureux de ma nouvelle adolescence…Je suis un enfant, ton enfant, je suis un adulte, ton adulte…Ce sont tes mots et ta voix que j’entends quand je suis perdu dans mes pensées,…face à la mer, longeant les plages de San Sébastian. Je marche seul…la mer efface les dernières lettres du souvenir de « ROADTRIP 2008 » écrit, amusées, par ces étudiantes en vacances. Sur ce sable mouillée, où se devinent encore les traces de leur pas…elles courent se perdre dans le cœur de la ville basque, s’enivrer d’alcools et de rires dans un bar enfumé. C’est l’aventure de leurs vies, une vie que je n’envie plus maintenant que je vis mes propres expériences, que dis-je !!??… nos propres expériences.
Quant à moi, ce soir, …il est un peu tard, je vais diner avec des amis en Sociedad, ces groupes d’amis qui s’attablent au milieu d’autres amis, et qui partagent le bruit, les blagues, le repas, et ces odeurs. Je suis au milieu d’eux, ils ont le double de mon âge, mais m’invitent à leur conversation, à leurs préoccupations, à leurs anecdotes, je leur parle de moi, de ma jeune histoire, et devant eux, s’étalent comme les pages d’une vie que nous avons construite ensemble, il me semble non ?
Car ma précieuse, je sais ce que je dois à Dieu, à mes parents, à mon frère, à mes amies,…mais à Toi, je découvre tous les jours plus encore, comme au détour de ces ruelles entrelacés de MADRID, comme une place minuscule d’intimité et majestueuse de rêves, comme le son d’un piano au dernier étage de l’immeuble, comme ces notes que l’on devine…je te l’assure, ce que je te dois, …est infini, inaltérable, inoxydable…est en moi, autour de moi, avec moi…
MURCIA dans le Sud, c’était différent, j’y ai rencontré, en communauté, des hommes abimés, fatigués par la vie…mais confiant. Ce sont nos vies qui s’entrechoquent, mes rêves, leurs espérances, …parfois l’indifférence du monde qui tourne autour de nous, sans plus se soucier, ni se rappeler, qu’eux et moi avons été et sont encore une photo du grand album, un post-it sur le frigo du monde…la terre cesse parfois de tourner pour certains, le savais-tu, ce sont les mêmes mots, les mêmes histoires que j’avais entendu 8ans plus tôt, le long de la Seine, dans une péniche qui ballade encore sur les flots, le flux et le reflux de notre passé commun.
Ces hommes, à Murcia, sont là bien vivants dans une maison, dans une auberge, qu’est ce vraiment qu’une communauté, si ce n’est qu’un chez soi…ces hommes et moi partageons la présomption que la vie n’est rien d’autre, qu’un …ainsi …la vie est ainsi, c’est vrai.
Je suis conscient des naïvetés qui poussent un voyageur, à s’exiler, il a l’espérance à la fois d’oublier ce qui l’a fait souffrir, mais aussi d’adorer ce qui l’a fait…souffrir. La vie est ainsi.
Ma précieuse, je suis à Madrid, et ma vie va ainsi…je partagerai longuement avec toi, ces histoires qui tissent le fil de notre énigme. Ne le rompons, jamais, jamais, jamais.
Notre vie, que je vis pour nous deux dans la Chulissima Madrid, est une photo que je partage avec toi, …est un roman que je te lis avant que tu ne t’endormes, …est un post-it sur le frigo« rendez-vous Saint Lazare, à 20h, je serai peut-être en retard…bisous, à ce soir…PS Tu me manques déjà. »…est une heure tardive de la nuit, où blottie contre toi, je danse, …c’est la trace de ton odeur laissé dans le creux de mon écharpe…je t’embrasse mon amour, je te serre contre moi…
MADRID est ce que je t’offre aujourd’hui…et la réponse…à la question qui me trotte dans la tête… qu’est ce qui vous a amené ici, quelle est l’histoire qui vous a conduit comme moi à arpenter les rues de la Ciudad ?
Ma réponse…
je voulais emmener en exil, l’affection et l’exigence de celle qui m’y a poussé…
A toi, ma Keltia.
De la Chulissima. MADRID, 14nov.-08, mon amour, ma confiance inaltérable
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