Trois petites têtes blondes....

…à 18h13, où Rue de Rennes croise Boulevard Raspail, quand les petits fonctionnaires du Centre d’action sociale, quand les étudiants des grandes écoles, quand les petites familles bourgeoises et les touristes flâneurs, quand tous passent et rien ne se passe, Aniko avance chalament en poussant le landau.

19ans, loin du pays, elle a ce regard vague, vide, …au début seulement, et puis un sourire rassurant, apaisée, tranquille.

Non en « Terre Aniko », il n’y a pas de famine, pas de tempête, pas de guerre civile, il y a le calme, l’alizée, la lente torpeur qui se fond sur le jour…il y a simplement, une jeune et jolie japonaise en jean ‘temps des cerises’ et tee-shirt ‘Zadig et Voltaire’. Elle glisse sur le pavé parisien et coule le long des Boulevards. Et loin des siens et du souvenir de sa mère qui l’étreint douloureusement à l’aéroport de Tokyo Narita, elle est emportée par la foule.

Elle est Aniko, une parmi d’autre, une tokyoïte à Panâmes.

 

Paris, ce n’est pas un simple choix, c’est le rêve d’une petite fille qui se réalise. Déjà à 8ans, quand elle arborait encore en uniforme chemisier gris, petit nœud bordeaux et jupe bleue marine, l’écolière indolait son insouciance dans les rues d’Ueno …

Ueno est le joli nom de son enfance, de son district, dont le petit monde s’exécute au rythme du parc, des commerces, marchés aux légumes, et des temples bouddhistes. Elle est une enfant heureuse, jouant dans les allées du Parc et les aléas de la vie de quartier.

 

11ans se sont alors écoulés et des voyages en train, jusque chez sa grand- mère à Yamaguchi, la pointe extrême de l’Ile. Sa grand-mère n’a pas pu venir à Narita, mais il reste ses mots, comme une note interne, comme une annonce publicitaire, comme le slogan du dernier Hollywood, comme une lettre amoureuse, mais aussi comme un testament. Mamie dit « en dépit de la peine que tu fais à ta mère, moi je t’accompagne…et je suis heureuse pour toi…demain en allant voir les pêcheurs, je t’imaginerais sur les champs Elysées, et je pleurerai…mais de joie ».

D’ailleurs, sa grand-mère Nanako aurait pu partir vivre en Europe, après la guerre, quand elle travaillait pour le ministère des affaires étrangères…Elle s’était éprise d’un jeune diplomate, qui partait rejoindre l’ambassadeur à Copenhague…mais il n’y a pas de place pour l’amour face aux courroux du Père. Non, elle ne partirait pas rejoindre un homme qui n’est ni de son rang, ni de sa religion…la guerre avait suffisamment brisé et abimé le père, un père qui avait perdu ses deux fils ainés et à qui il ne restait que la douceur de son unique enfant. Non vraiment, l’amour n’a pas son mot à dire face à la rage et à la douleur du Père qui ne pardonnera jamais à l’Histoire d’avoir mis le Japon sur les routes de la guerre.

Alors à la fin des années 40 début 50, il lui était impensable de défier l’autorité, et fuir là-bas, d’oublier la mort, et l’odeur de la mort…Elle avait souvent rêvé à ce qu’aurait été sa vie dans un continent détruit, non pas que le Japon eut été épargné, bien au contraire, mais elle imaginait sa vie danoise, puis anglaise, puis allemande. Elle aurait été de toutes ses vies européennes auprès d’Heisuke.

Et puis le destin, cette même histoire qu’haïssait son père et que respectait douloureusement sa mère, sa petite histoire à elle, l’avait jeté dans les bras d’un petit professeur de Lettres, et était née Keiko, la mère d’Aniko…Et tous ces rêves d’Europe s’étaient effacés, face aux petits pas de l’enfant qui rentre dans le monde.

 

Malgré la dureté dont fait preuve Keiko au départ de sa fille unique pour l’Europe, la petite fille devenue mère reste une enfant épanouie, et positive…jamais la grande et les petites Histoires n’ont eu de traces sur ces traits arrondies.elle est une belle femme qui a réussi son droit et a fait un beau mariage. Un mariage plus que de raison, un mariage plus que d’amour ; Quand elle s’élançait devant l’autel au bras de Tetsu.

Ces deux –là s’aiment d’un amour infaillible aussi sur et d’aplomb que l’enfant merveilleuse qui est née de leur union…C’est un équilibre parfait, et quand Keiko la Yong voit d’un œil hésitant le projet de sa fille, Tetsu le Ying la rassure et laisse une chance au destin. Keiko est une brillante avocate en droit des Affaires. Dans un pays développé, dans une capitale dynamisée, il y a dans son monde de la place pour l’ambition et la joie de vivre. Comme toutes les femmes modernes de son temps, elle veut tout et se bat pour. Elle refuse de se fondre dans la masse, et joue souvent ses meilleures cartes, elle est une femme positive, qui se défend dans la vie, mais pourtant rien ne la préparait à ce déchirement…elle revoit souvent la scène, se refait lentement le film des adieux, et parfois même verse une larme…Car c’est une partie d’elle, dit-on, qui s’en est allé, là bas, …

Il y a une chose qu’il faut savoir de Keiko, c’est que longtemps son mon monde a tourné autour de sa petite enfant…Ce n’est, à ce stade, plus de l’amour, plus de la possessivité, mais plus une sorte de fascination pour l’objet humain que représentait, il n’y pas si longtemps ce petit être. Cette enfant était son chef-d’œuvre, sa master piece, elle ne s’en est jamais éloignée, et même quand elle la voyait s’éloignée sur sa petite bicyclette bleue, dans son uniforme grey blue navy, elle craignait de ne pas la revoir.

Cette enfant, sa fille adorée, n’était pas née par hasard. D’ailleurs, ils leur en avaient couté, des analyses, des traitements, des hospitalisations…pour l’avoir.

 

A la fin désespérée, Keiko n’y croyait plus quand la nouvelle était tombée…alors elle s’était relevée de ses longues années d’angoisses silencieuses.

Silencieuse quand tout le reste va si parfaitement bien, le travail, le merveilleux homme qui partage chaleureusement sa vie, la maison, le quartier…elle ne pouvait alors se plaindre que cette enfant ne vienne pas…elle ne pouvait s’angoisser…mais seulement regretter. Pourtant si !!! au départ, elle regrettait de ne pas avoir d’enfant, de ne pas rompre la boucle qu’avait brisé sa famille son grand père…deux oncles morts pendant la guerre, elle voulait racheter aux yeux de son grand père le prix de l’Histoire…lui rappeler comme la vie est belle.

Alors quand Aniko est née ce 16février, c’est le Hanami, le début du printemps et la contemplation des cerisiers, sakura en fleur

Rien n’est plus beau qu’un cerisier en fleur, et dans le parc, une enfant qui court et joue au milieu des siens…et maintenant s’éloigne. Voilà la raison de sa peine.

 

Elle sait pourtant que l’enfant n’est plus, que la femme qui se tient ferme et résolue devant ses deux parents, est plus que déterminée, réfléchie, et si tranquille. Elle l’annonçait à ses parents un mois de mars, quelque jours après son anniversaire : « J’ai réfléchi, j’ai pensé et pesé la question pendant plus de 6mois, je n’ai pas la réponse, mais je tiens là au creux de mon ventre comme un certitude, qui t’ébranlera maman, mais l’an prochain, c’est décidé, je m’installe comme jeune fille au pair en Europe, à Paris »…La nouvelle était tombée comme un verre qui se brise sur le sol, et pourtant le père, lui, n’avait pas hésité « ça ne m’étonne pas de toi, j’attendais simplement et patiemment le jour où tu te réaliserais que tu n’as plus ta place ici parmi tes bons vieux parents… » Mais Keiko, elle, n’était pas si rassurée, elle a peur du Destin, pas le sien, qu’elle maîtrise, mais celui des autres, qu’elle laisse crispée s’échapper de ses mains.

Mais il est déjà très loin, le premier temps des affrontements, les mots durs échangés, l’ingratitude de la fille, l’égoïsme de la mère. Depuis, elles se sont réconciliées, et déjà longtemps des centaines d’autres vol Narita-Charles de Gaulle la séparent de celui qui emportait loin d’elle son enfant. Sa grande fille s’improvisait voyageuse vers un Destin qui n’était, et n’avait jamais été celui de la mère mais celui de la fille.

 

Si loin le temps des cerisiers japonais, pourtant, c’est toujours présent, ancré bien en Aniko, le souvenir de Yamaguchi, et de longues promenades jusqu’au marché, ou jusqu’au Port, quand la grand-mère et la petite fille achetaient le poisson frais…les longues marches sur la plage et le vent chaud qui balaie la baie. La mer et la Grand-mère lui manquent, mais aujourd’hui, les images du Soleil levant ont laissé place au Soir couchant… Pour Aniko, rien n’est plus beau que le soir qui s’installe sur la ville. C’est le moment qu’elle prend, quand elle est à la petite terrasse de sa chambre de bonne, au 8ème étage de ce magnifique immeuble haussmannien, la vue sur la Tour. Elle est là, la cigarette fumante et fuyante au milieu de ses doigts fins, et le téléphone greffé à l’oreille, elle entend lointaine la voix de sa mère, le rire, la joie et la paix enfin retrouvée…tout enfant exilé sait que la distance cicatrice, répare, et rapproche. Jamais Mère et fille n’ont été si proches qu’à travers les nuées et la nuit immense qui la sépare d’Ueno, son quartier.

Elle dit tout sans détour. Sa vie à Paris n’est pas un film que l’on coupe au montage, c’est la version longue qu’entendra la mère : Les longs Boulevards et les boutiques, les musées et la Tour Eiffel…ça s’était les premières conversations, elle plantait le décor…et puis il y avait eu les conversations sur la Fac, car son père avait insisté, jeune fille au pair ce n’est pas suffisant, il valait mieux s’inscrire à la Fac, Littérature et Art…elle racontait d’abord la douleur des inscriptions, les heures d’attente dans des couloirs où elle rencontrait pour la première fois la faune urbaine, peuplée de toutes ses espèces qu’elle décrivait sans écarts à sa mère…les petites bourgeoises au bronzage encore marqué de leur dernière vacance entre les Baléares et New York, aux lunettes Gucci et sac à Main Chloé,…il y a aussi les p’tites pétasses tout arrondissement et toute banlieue confondue, elles ont au moins un point commun qui les rassemble, elles sont hôtesses d’accueil, et adooorre la salsa et le Rnb. Hier encore, elles étaient en soirée, et aussi tenace que le souvenir et le bronzage des vacances bourgeoises, elles ont le téléphone portable facile, et passe des heures à raconter à une vague amie à l’autre bout du fil leurs exploits sexuels de la veille…assez fort pour que tout le monde l’entende…Ah oui, elles arborent une brève tunique de chez Zara, des accessoires de MOA, et de longues cuissardes sur le jean Gap ; mais que serait les lettres et Arts, s’il n’y avait pas les baba cools, bariolées de toutes les couleurs, l’hypothétique ourlet du pantalon qui aurait certainement ramassé toute la poussière des trottoirs de Paris, mi échevelée, des dreads pour certaines, mi tatouée, ..mais rien de sauvage, ce sont des filles tranquilles, et cool…D’ailleurs parmi ce groupe de jeunes gens cools, une jeune femme s’était déjà de sa horde, tournée vers Aniko et lui avait parlé…Elle est plus cool que Baba, car déjà rien de dreads, ni d’ourlets dégueulasses, celle-là aime juste le reggae et le bon vieux rock à la française…

 

Celle qui se tenait devant Aniko, et lui adressait des mots d’un français, une langue que la japonaise apprenait à peine à dompter, et dont elle ne comprenait encore qu’un mot sur trois, …celle-là, rouquine aux tâches de rousseurs, de taille moyenne, celle-là n’a pas de souvenirs de Baléares, ni d’exploit sexuels à raconter. Cet été, c’était comme chaque année les Vieilles charrues, et plus tard Amsterdam, deux semaines avec des potes…Eh bien, cette jeune femme plus cool que baba, s’appelle Sophie ...et c’est aujourd’hui la meilleure amie, la meilleure alliée, la guide culturelle d’Aniko…

Mais le récit de la fac ne s’arrêtait pas là, car rien n’est épargnée à la mère, elle racontera aussi l’ambiance alors dans l’Amphi, comment lors des derniers exams, Sophie et elle avaient grugé, avec des antisèches préparées la veille, toute la nuit, parce qu’elles n’avaient pas eu le temps de réviser, mais elle avait rassuré sa mère, cela n’arriverait plus, non pas qu’elle n’y avait pas pris gout…

Et puis vient le chapitre des amours, et des rencontres. Keiko est moins réticente aux amours qu’à la gruge, car elle connaît le charme de sa fille. Alors Aniko parle d’Antoine, qu’elle a rencontré dans un bar, ou encore Thomas, Abdé, Baptiste ou Marco…elle n’a pas perdu de temps et l’enfant apprivoisée et timide d’Ueno est devenue une femme fatale et sauvage…elle ne recule devant rien pour vivre l’aventure parisienne, et les hommes en font définitivement partis.

Etrangement le plus asiatique de ces amants était indien, Shandar…car jamais, l’idée ne lui serai venue de sortir avec un japonais, ou même un chinois ou coréen…C’est en sorte renier ses origines que tendre de tout son corps vers l’inconnu, l’étranger et l’exotique…D’ailleurs, après avoir parlé des « heures » au téléphone avec sa mère…elle enverra un texto à Malik…il est du Sénégal…de ce pays, dont elle rêve tous les jours depuis qu’elle a fait la connaissance de celui qu’elle appelle bébé. Personne ne parle aussi chaleureusement du bled, comme en parle cet étrange jeune homme au visage fermé, émacié, presque trop sérieux…qu’un sourire magnifique illumine au premier instant. Il a la peau d’un noir cuivré, et douce comme une bonne grosse écharpe en Coton les soirs d’hiver. Le cheveu ras, le corps noueux où les muscles se dessinent clairement, ciselés et relevés de tatouages ça et là…Mais les tatouages ne trahiraient pas le destin de ce fils d’immigré sénégalais. Les Tatouages ne racontent pas ou peut être que si, que ce jeune sénégalais a fini parmi les meilleurs élèves de sa promo à Sciences Po, et qu’il travaille aujourd’hui dans une excellente boite de Com et Stratégie Marketing.

C’est tout cela, …son regard sombre et son sourire lumineux, sa peau douce cuivrée, mais aussi ces souvenirs du Pays, son intelligence et la force qui l’aura extirpé du sol fertile de ces origines et de sa culture, pour faire de lui cet excellent modèle de Parisien chic, un peu bobo, cultivé, qui lit autant Foucault qu’Enki Bilal, qui a la même oreille musicale pour -M-, Aznavour que Mos Deff ou Jay-Z…Tout en Malik est un élan vers…tout, tous, partout…et aujourd’hui, vers elle, Aniko, petite tokyoïte. …{bb ! j’spr q ta passé 1 bone jrné, o boulo…& qon s voi 2min, G hate de t voir...Miss U, J, koko}

 

Elle n’avait pas imaginé depuis Tokyo, que sa vie parisienne serait tellement éprouvante…il existe bel et bien un syndrome de Paris qui touche les populations d’Extrême Orient, et pas seulement les Japonais, mais tous ceux dont la vie ordinaire est marquée par une somme incalculable de règles et de repères, de codes rigoureux et de conformisme…Paris c’est tout sauf du conformisme, ou plutôt Paris ce n’est rien que dé-Conformisme.

Malgré le poids d’une culture estampillée « Chanel n°5ème république » -, et « Hussarde à la Soixante-huitarde », Oui, il existe un conformisme parisien, que tout le monde, des intellectuels de Saint Germain, aux Peintres de Montparnasse et Montmartre, des jeunes gens branchés des « Champs » aux flâneurs de Saint Martin, des hindous de Gare du Nord au Chinois du 13ème, des cadres et leur famille bien rangé du 14-15ème aux bourgeois du Luxembourg, tous cherchent ce conformisme dont on parle comme une immense chasse au trésor dans les rues tracée au compas d’Haussmann, sur les murs gris blancs taguées par Lez’ Art, toute la ville qui se rue dans les bouches de Métro comme avalée par une ville insatiable des énergies humaines, tous ces gens qui déambulent en vélib, en taxi, en bus, et marchent frénétique, comme électrisé tous cherchent à se conformer, mais à quoi, le savent-ils… ???

 

Alors Aniko, fait de même, elle se rue, elle se hisse, elle fond dans le décor elle fonce dans les vitrines, elle se laisse avaler, briser, nouer par toute l’énergie humaine, elle se laisse transporter au rythme des grèves, des manifs, des évènements et sorties culturelles, de sa vie parisienne, de ces nouveaux amis et amants…Elle vibre et s’endort…

Mais juste avant de se laisser couler sous la couette, dans son long t-shirt boyfriend, alors qu’elle souffle encore sur sa tisane verveine encore brulante, tout de sa vie, ses amitiés, son amour, sa famille tout s’efface, pour laisser une petite place, la plus privilégiée, celle des dernières heures de la journée, et de la nuit, quand épuisée, l’esprit ne peut se concentrer que sur une chose à la fois…Comme un cérémonial ordinaire des jours ordinaires, sa dernière pensée va vers Camille 4ans, Bérénice 7ans et Till 2ans

Et le souvenir de ces 3bambins la ramène aux origines de son histoire, de sa re-naissance et sa conquête de l’occident…Car au commencement, il n’y avait que l’espoir et le rêve…et un peu de crainte…et puis la peur a du s’effacer face aux responsabilités que sont trois vies minuscules, pas si fragiles mais lancées à toute vitesse et de toute leur petite force comme ces balles de gomme qui rebondissent sans fin….

Chacun de ces petits êtres dont elle a aujourd’hui la charge quotidienne du matin au couché, de la sortie de l’école au gouter, des devoirs de classe à la promenade, oui ! Chacun des ces êtres l’effraient et l’amusent…mais sont surtout la forme la plus tangible de ce qu’elle vit…

Un enfant qui se construit malgré les adversités, et la rage de la tempête qui frappe à la porte de son adolescence et de sa vie d’adulte, un enfant n’est pas insouciant mais silencieux, il laisse parler les grandes personnes même s’il sait pertinemment que demain elles se contrediront, il écoute les disputes amusé de voir toutes ses énergies dépensées, ils crient vers ses parents qui lui manquent même s’il préfère jouer tout seul, il aime sa mère même s’il préfère la nounou…un enfant n’est pas gentil et mignon, il est juste trop intelligent pour ne pas faire trop de vague et rester dans les rangs…

Aniko le sait, puisqu’elle le vit, d’ailleurs c’est quand elle l’a compris qu’elle a décidé tout naturellement de consacrer ces dernières pensées de la journée à ces trois enfants, à leur journée, ce qu’ils ont fait, ce qu’ils ont dit, les raisons de leur larmes, et de leur colère parfois, et l’opportunité de leur joie…Aniko, tokyoïte d’Ueno se repasse minute après minute les heures de la journée, du départ des parents, Lara pour le Journal « L’Express » et Philippe pour « Deloitte »…jusqu’à leur retour à 20h au plus tôt…

Le couple a réussi certes, mais ne s’était pas vraiment posé la question des enfants…ils sont présents autant qu’ils peuvent, mais que soit « bienheureuse » et « bienvenue » la petite Nounou japonaise qui peut les décharger au moins pour un temps, de certaines responsabilités. Alors Aniko prend à bras-le-corps cette responsabilité, car l’attachement, s’il n’est pas subit mais subi, croit petit à petit au fil des confidences, et des questions naïves de ces enfants…

Elle sait en s’endormant, coincée et sécure contre la paroi du mur, enveloppée dans sa chaude couette, elle se rappelle qu’elle les aime bien, ces enfants, qu’elle aime Paris, mais plus que tout, elle revoit fière et sûre d’elle, heureuse, le reflet saisi et saisissant dans une vitrine de magasin, son image. L’image d’une jeune japonaise en Jean Le temps des cerises et t-shirts de chez Zadig, une tokyoïte d’Ueno, promise à un bel avenir,… l’image furtive mais réelle d’une japonaise qui pousse un landau, une fille plutôt jolie entourée de remuantes et énergiques trois petites têtes blondes…

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